Idées et Opinions

  • Michel HECTOR/Jean-Jacques DOUBOUT : trajet mouvementé, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    Ce 5 juillet 2021 ramène le second anniversaire du décès de Michel Hector. Il était âgé de 87 ans. Pour avoir eu l’honneur et le privilège de collaborer avec le professeur Hector pendant trente-deux ans (1987-2019), aussi bien dans les activités politiques, syndicales qu’académiques, ce serait manquer à moi-même que de ne pas me découvrir fraternellement devant l’aîné exemplaire, l’ami fidèle, le compagnon de lutte solidaire et le collègue de travail acharné dont j’ai tant admiré l’intégrité morale et intellectuelle, l’humilité toute naturelle, la compétence reconnue et la transmission des connaissances, la rigueur académique, le positionnement idéologique et l’engagement politique. Pour reprendre l’expression d’Antonio Gramsci, l’articulation de ces multiples facettes chez un seul et même personnage fait de Michel Hector un intellectuel organique[1]. En effet, il ne s’est jamais enfermé dans le monde unique de la pensée déconnectée de l’action. En ce sens, Michel Hector n’était pas un intellectuel traditionnel. Militant politique et syndicaliste, co-fondateur du Parti populaire de libération nationale (PPLN) dont il devient le secrétaire général par la suite, il alliera avec maestria théorie et action, c’est-à-dire la praxis. Ce qui fait de lui un intellectuel organique, un homme d’action, un humaniste authentique luttant toute sa vie pour la transformation des rapports sociaux inégalitaires, inacceptables… Ainsi, parcours immaculé, il se présente à nous, debout, face à l’Histoire.

    Intégrité morale et intellectuelle de Michel Hector

    Élément structurant le processus de formation et de construction de l’État, de transformation et d’ascension sociales, la corruption, malformation congénitale, s’avère de nos jours un phénomène de société en Haïti. Aussi s’érige-t-elle en critère d’évaluation par excellence du degré d’intelligence des individus dans les secteurs public et privé. Ainsi, l’intégrité morale et intellectuelle, loin de constituer, comme il se doit, une vertu, représente dans l’affligeant spectacle du moment une anomalie : une personne intègre est non seulement mal vue mais classée dans la catégorie d’une espèce noble, en voie d’extinction… En d’autres termes, celles et ceux des élites haïtiennes méritant une telle épithète ne sont pas légion. Michel Hector, lui, peut se prévaloir d’une telle dignité. À son honneur, il symbolise, aux yeux des honnêtes gens, l’incarnation de cette vertu cardinale.

                Né au Cap-Haïtien, le 20 octobre 1932, Michel Hector grandit dans une famille petite-bourgeoise où il lui est inculqué au berceau le culte de l’honneur et de la fierté christophienne : des valeurs timocratiques portant les gens du Nord à adopter une posture verticale, le front altier, les rendant plus enclins à regarder le ciel qu’à plier l’échine servilement. Ce jeune homme arrive à Port-au-Prince avec ses parents, sous la présidence de Dumarsais Estimé, termine ses études secondaires et entame ses études universitaires à l’École normale supérieure (ENS). Très jeune, il se fera remarquer par ses aînés, au point de devenir en juin 1957, à vingt-cinq ans, assistant d’Otto Louis-Jacques, chef de cabinet du président provisoire Pierre Eustache Daniel Fignolé. Son parcours mouvementé de militant et de dirigeant politiques, de professeur et directeur de centres de recherche, ses séjours de courte durée au Brésil, en France, en Algérie, au Canada, à Cuba, et de longue durée au Mexique, à la Benemérita Universidad Autónoma de Puebla, et ses fonctions de directeur du Centre d’investigations historiques du mouvement ouvrier (CIHMO), de la Fondation Ulrick Joly (FUJ), du Centre de recherche historique et sociologique (CREHSO) et de vice-recteur de l’Université d’État d’Haïti (UEH), à son retour d’exil en 1986, mettent en relief son intégrité morale légendaire : son nom n’a jamais étémêlé ni de près ni de loinà un quelconque scandale financier. D’ailleurs, même ceux qui ne se font pas prier pour vilipender les honnêtes gens, reconnaissent volontiers que Michel Hector n’est pas un homme d’argent, encore moins d’argent sale, mal acquis. En dehors de la question syndicale, du parti-pris pour les masses urbaines et rurales, les secteurs populaires, c’est ce mépris de l’appât du gain qui le rapprochait du professeur Daniel Fignolé dont il admirait le verbe, l’action syndicale et l’engagement politique.

                L’intégrité de Michel Hector s’affirme en outre sur le plan intellectuel. Bien que pas toujours d’accord avec eux dans les champs idéologique et politique, il a néanmoins toujours exprimé sa reconnaissance à l’endroit de ceux ayant contribué à sa formation d’historien. En ce sens, le profond respect qu’il vouait à Leslie François Manigat en est une preuve palpable. Son œuvre laborieuse laisse transpirer l’influence de l’École des annales et des historiens marxistes Pierre Vilar, Jacques Julliard, Edward Palmer Tompson, Perry Anderson, Eric Hobsbawm, etc. Reconnaissant sa dette envers les aînés et les contemporains, il les cite régulièrement dans ses écrits et maintient un dialogue constant avec les jeunes chercheurs dont il n’hésite pas à souligner l’apport novateur. Mais cet historien dont la compétence est unanimement reconnue par ses pairs cultivait pourtant une humilité toute naturelle.

    Humilité toute naturelle de Michel Hector

    Dans une société dominée par l’oraliture et par la pensée magico-religieuse, le statut d’enseignant-chercheur et de libre-penseur confère à Michel Hector une place de choix dans l’intelligentsia haïtienne : position avantageuse incitant souvent au vertige et à l’arrogance. Pourtant, Michel Hector est, lui, d’une simplicité authentique, trait essentiel de sa personnalité qui le porte à ne jamais se prévaloir, par exemple, de son origine petite-bourgeoise. En fait, son humilité toute naturelle traduit sa manière d’être et de vivre fort appréciée même des petites gens.

    À observer le comportement de Michel Hector, l’on peut difficilement éviter la question suivante : comment une société haïtienne aussi hiérarchisée, aussi cloisonnée, parvient-elle à produire une personnalité à ce point dénuée de tout complexe ? En effet, Michel Hector se révèle à nous immunisé contre toute forme de suffisance, de pédanterie et de vantardise. N’éprouvant nul sentiment de supériorité dans ses rapports avec autrui, le professeur Hector fait sienne la notion de prétention à la validité critiquable de Jürgen Habermas, ce qui force le respect et l’admiration tant de ses proches parents que de ses amis, anciens étudiants, collègues de travail et camarades politiques.

    Est-ce à dire que Michel Hector cultiverait ainsi une certaine fausse modestie ? Ne nous y trompons pas ! Loin de là. Michel Hector n’est ni présomptueux ni orgueilleux. En revanche, son humilité toute naturelle découle de son sens de l’honneur et de la dignité : la fierté christophienne lui colle à la peau comme une seconde nature. Sa simplicitén’affecte aucunement son élégance physique et morale impeccable. Son regard perçant où transpire la noblesse d’esprit, ou l’esprit aristocratique, propre aux gens du Nord, lui évite les relations asymétriques, tous rapports de domination, avec les puissants se prétendant les seuls détenteurs du savoir ou du nerf de la guerre. Par voie de conséquence, dans son humilité toute naturelle, Michel Hector peut, comme Musset, dans Premières Poésies,  clamer haut et fort: « Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre. »

    Compétence reconnue, transmission des connaissances, rigueur académique

    Au début des années 1950, Michel Hector se révèle un étudiant brillant au regard de ses camarades d’études et desprofesseurs du Département des sciences sociales de l’École normale supérieure (ENS). Son mémoire de sortie sur l’occupation américaine de 1915-1934 une fois soutenu avec succès, le jeune normalien se lance, en 1952, dans l’enseignement secondaire. Professeur d’histoire et de géographie, il ne tarde pas à imposer son nom dans les établissements scolaires privés et publics de la capitale. Stature précoce de gourou en chaire, ses cours sont très prisés et Michel Hector devient soudainement Marco Polo pour ses élèves. Voulant apporter sa contribution à l’effort d’innovation, de renouveau et de diffusion de la nouvelle façon d’enseigner et d’écrire l’histoire, il publie conjointement avec Mario Rameau, à la fin des années 1950, La colonisation en Haïti ; puis, avec Claude Moïse, Le régime colonial français à Saint-Domingue : deux textes de référence pour les élèves des classes humanitaires en dépit de la censure duvaliérienne.

                Au reste, comme professeur d’histoire en classes terminales, Michel Hector s’érige en personnage mythique. Sa renommée atteint son acmé à la fin des années 1950 et au commencement des années 1960, au point que bon nombre d’élèves estiment qu’ils ne réussiront pas l’examen d’histoire au baccalauréat sans avoir suivi les cours du professeur Michel Hector. À dire vrai, il fait partie de la bande des quatre : Mario Rameau, Jean-Jacques Dessalines Ambroise, Claude Moïse et Michel Hector. Comment des professeurs d’histoire aussi adulés dans le milieu scolaire peuvent-ils ne pas attirer l’attention des esprits médiocres et susciter la jalousie, voire le courroux de la camarilla enseignante duvaliérienne ?

    Comme de fait, en 1959, l’Union nationale des maîtres de l’enseignement secondaire (l’UNMES), fondée en janvier 1957,déclenche une grève à caractère revendicatif. En réaction à cette initiative, le ministre de l’Éducation nationale d’alors, le révérend père Jean-Baptiste Georges, procède, le 12 août 1959, à la dissolution de l’UNMES, ce qui entraîne l’incarcération de ses dirigeants et la révocation des membres les plus actifs. Tout naturellement, la décision du ministre Georges frappe de plein fouet Mario Rameau, Jean-Jacques Dessalines Ambroise, Michel Hector et Claude Moïse.

    Ainsi, tel qu’attendu, le quatuor est l’objet de persécution : Mario Rameau et Jean-Jacques Dessalines Ambroise sont incarcérés dans la sinistre geôle de Fort-Dimanche en 1965 ; Claude Moïse gagne le Canada ; tandis que Michel Hector, de son côté, choisit l’exil, s’installant en premier lieu au Brésil, avant de planter tour à tour ses tentes en France, en Algérie, au Canada, à Cuba, en France de nouveau et finalement au Mexique.

                Dans son exil en zigzag, Michel Hector renforce sa formation d’historien. Clandestinité oblige, sous le pseudonyme de Jean-Jacques Doubout, il publie en 1973, à Paris, Haïti : féodalisme ou capitalisme ? Essai sur l’évolution de la formation sociale d’Haïti depuis l’indépendance. Il s’agit d’un texte majeur apportant un nouvel éclairage dans le débat théorique opposant des penseurs marxistes aux maoïstes haïtiens tels que Gérard Pierre-Charles et Yves Montas/Jean Luc. Michel Hector y présente non seulement les différentes étapes de l’évolution de la formation sociale haïtienne mais aussi et surtout les grands moments de la pénétration du capitalisme en Haïti. Il démontre avec maestria comment le capitalisme comme mode de production, malgré sa vocation de révolutionner les forces productives, possède la capacité de coexister avec les formes et les forces les plus rétrogrades et de les intégrer dans son système de domination des peuples, comme cela se prêteà l’observation dans le cas d’Haïti…

                Son ouvrage Notes sur le développement du mouvement syndical en Haïti, en collaboration avec Ulrick Joly, paraît à Paris en 1974. Poursuivant son périple, Michel Hector finit par s’établir au Mexique, en 1975, avec sa chère épouse, Denise Hector, et leurs trois enfants : Maxime, Ary et Didier. Nommé professeur d’histoire à l’Université autonome de Puebla (UAP), il reste au Mexique jusqu’à la chute de la dictature des Duvalier en 1986. C’est là qu’il publie, en 1986, entre autres, Haití: la lucha por la democracia: clase obrera, partidos y sindicatos, en collaboration avec Sabine Manigat.

                À son retour d’exil, Michel Hector rejoint son alma mater : l’École normale supérieure, où il contribue à la formation de nombreux historiens ayant fréquenté le Département des sciences sociales. Il ne tarde pas à mettre son savoir et ses compétences au service des étudiants et professeurs de la Faculté des sciences humaines (FASCH) de l’Université d’État d’Haïti. Avec le sociologue Luc Smarth et le politiste Sauveur Pierre Étienne, il fonde à la FASCH, en 1999, le Centre de recherches historiques et sociologiques (CREHSO). L’animation du séminaire permanent sur les mouvements sociaux et populaires aux XIXe et XXe siècles et la publication de la revue Itinéraires constituent les principales activités du CREHSO. De nombreux étudiants y trouvent l’encadrement nécessaire à la rédaction de leurs mémoires de sortie ou à l’élaboration de leurs projets de thèse.

                Le retour d’exil apporte une bouffée d’oxygène à Michel Hector. Accueilli à bras ouverts dans les milieux académique, syndical et populaire, Michel Hector, personnalité charismatique, fait l’unanimité dans toutes les sphères de l’intellectualité haïtienne, même celles ne partageant pas forcément ses idées socialistes. Aussi se révèle-t-il très prolifique pendant les trois dernières décennies de sa vie. D’où la parution successive de : Syndicalisme et socialisme en Haïti (1932-1970), Port-au-Prince, Henri Deschamps, 1989 ; La Révolution française et Haïti : filiations, ruptures, nouvelles dimensions (dir.), Port-au-Prince, Société haïtienne d’histoire et de géographie/Henri Deschamps, 1995 ; Crises et mouvements populaires en Haïti, Montréal, CIDIHCA, 2000 ; Genèse de l’État haïtien (livre codirigé avec Laënnec Hurbon), Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 2009 ; Une tranche de la lutte contre l’occupation américaine. Les origines du mouvement communiste en Haïti (1927-1946), Port-au-Prince, Imprimeur, S.A., 2017. Si l’on y ajoute les nombreux articles publiés dans des revues spécialisées tant en Haïti qu’en Amérique latine et en Europe, on admettra volontiers que Michel Hector a fait de l’enseignement de l’histoire et de la transmission des connaissances sa véritable raison de vivre. Mais quid de la rigueur académique chez l’historien Michel Hector ?

                Par déformation professionnelle, Michel Hector s’intéresse aussi bien aux sources premières qu’aux sources secondaires : la recherche de terrain, la méthode qualitative, laméthode quantitative, l’approche diachronique et l’approche synchronique structurent ses travaux. En fait, Michel Hector n’est pas un romancier ; il n’avance rien sans mentionner ses sources ; il n’analyse aucun fait historique sans prendre en compte les points de vue de ses devanciers ou ses contemporains, soit pour les contredire, soit pour les compléter, soit pour confirmer leur authenticité.

    Michel Hector est d’une rigueur académiquequi fascine ses étudiants et collaborateurs. Raison pour laquelle il ne travaille ni sous pression ni n’écrit un document ou un article à la va-vite. De son point de vue, l’œuvre intellectuelle a ses exigences auxquelles on doit se soumettre. Scrupule qui, parfois, a fait s’éloigner du maître perfectionniste des étudiants finissants enclins à la facilité. Cependant, ceux qui ont eu le mâle courage d’aller jusqu’au bout ne le regretteront jamais : avec Michel Hector, on apprend toujours quelque chose, notamment la différence entre rigueur et désinvolture, simplicité et grandiloquence, recherche scientifique et roman à l’eau de rose…

    Positionnement idéologique de Michel Hector

    Le jeune Michel Hector évolue, après la Deuxième Guerre mondiale, dans un contexte sociopolitique fortement influencé par le rayonnement du socialisme au lendemain de l’effondrement du fascisme et du nazisme. En ce temps-là, quatre courants idéologiques structurent inégalement le champ politique haïtien : le nationalisme, le libéralisme, le noirisme et le marxisme. Michel Hector ne succombe pas à la tentation du noirisme, opium des intellectuels des classes moyennes noires. La lecture de l’Analyse schématique 32-34 de Jacques Roumain lui évite le piège de la question de couleur que Roumain, mulâtre de rang social élevé, considère comme « le cheval de bataille des politiciens, noirs et mulâtres, pour détourner l’attention de la lutte des classes ».

    Le thème du mémoire de sortie de Michel Hector à l’ENS : « L’occupation américaine d’Haïti de 1915-1934 » lève le voile sur son positionnement idéologique réel. Le voici donc déjà catalogué comme un jeune professeur de gauche. Sa présence au Palais national à titre d’assistant du chef de cabinet du président Daniel Fignolé, Otto Louis-Jacques, lui vaut à l’époque l’étiquette de fignoliste. Cependant, il revendiquera plus tard ouvertement, le marxisme en tant qu’instrument d’analyse des faits sociaux et idéologie guidant son action politique. Ce que, bien sûr, ses camarades d’études et ses professeurs savaient déjà.

    Dans cette optique, l’année 1959 constitue une date charnière dans le positionnement idéologique de Michel Hector. C’est, entre autres, l’année de la publication de son article retentissant « Autour de la politique agraire d’Alexandre Pétion de Leslie François Manigat ». Dans ce texte, Michel Hector entreprend, d’une approche marxiste, la déconstruction systématique, brique par brique, du livre La politique agraire du gouvernement d’Alexandre Pétion (1807-1818) de Leslie François Manigat. Ce dernier, historien diplômé de la Sorbonne et professeur d’université très en vue, considère l’acte posé par son ancien étudiant de l’ENS comme un crime de lèse-majesté. Ainsi, ce qui aurait dû donner lieu à un débat purement académique, opposant deux professeurs d’histoire, prend carrément plutôt une tournure politico-idéologique mettant aux prises un historien fonctionnaliste et un historien marxiste. Pour comprendre tout le sérieux de cette affaire apparemment anodine, c’est qu’elle provoque quarante ans d’inimitié entre Michel Hector et Leslie François Manigat : 1959-1999. Leslie François Manigat finit par serrer la main de son ancien étudiant aux funérailles de l’ingénieur Maxime Hector, fils aîné de Michel Hector, assassiné par des bandits armés à sa sortie d’un établissement bancaire, le 10 mai 1999.

    Le positionnement idéologique de Michel Hector ne saurait être qualifié d’erreur de jeunesse. Il s’agit de sa part d’un acte réfléchi, d’un choix délibéré marquant le parcours professionnel de l’historien, la sélection et l’orientation de ses thèmes de recherche. En effet, conformément à son option idéologique, l’occupation américaine, la formation sociale d’Haïti, le syndicalisme, le socialisme, les mouvements révolutionnaires, les luttes populaires, les crises politiques, les rapports de domination et d’exploitation et, au bout du compte,la genèse de l’État haïtienornent avantageusementle catalogue de ses publications qui constituent une mine inépuisable pour les chercheurs. Comme il existe une correspondance indéniable entre positionnement idéologique et engagement politique, c’est à ce niveau que Michel Hector se révèle d’une congruence impressionnante.

    Action syndicale et engagement politique de Michel Hector

    À titre d’intellectuel organique, Michel Hector défend une cause : la cause des travailleurs, des exploités, des opprimés de toutes sortes. Il le fait par la pensée et par l’action et assume ce choix jusqu’à son ultime et logique conséquence. Ce combat périlleux sous la dictature de Papa Doc, il le mène sur le terrain de l’action syndicale et de l’engagement politique. Membre fondateur de l’Union nationale des maîtres de l’enseignement secondaire (UNMES),  Michel Hector est à la fois professeur d’histoire et syndicaliste. Certes, la préparation des élèves aux examens du bac l’intéresse au plus haut point. Non seulement elle lui permet de gagner sa vie dignement, mais aussi et surtout d’être constamment en contact avec les plus jeunes qui représentent l’avenir du pays.  En revanche, le mouvement ouvrier est également très important à ses yeux. Raison pour laquelle il s’y engage intensément.

    La militance de Michel Hector sur tous les fronts du mouvement syndical l’amène à étendre son rayon d’action dans des domaines d’activités débordant le cadre restreint des objectifs de l’UNMES. D’où l’association de Michel Hector avec le syndicaliste Ulrick Joly, embastillé plus tard dans l’immonde Fort-Dimanche, pendant plusieurs années. À la libération d’Ulrick Joly en 1973, il rejoindra Michel Hector en exil en France, où ils publieront conjointement Notes sur le développement du mouvement syndical en Haïti. Ainsi, Michel Hector restera intimement liéà la pensée et l’action syndicales tant en Haïti que dans les pays d’accueil durant son long exil. À la chute de la dictature des Duvalier en 1986, Michel Hector, fidèle à la mémoire d’Ulrick Joly décédé en France en 1984, met sur pied la Fondation Ulrick Joly (FUJ) en vue de contribuer à la formation des syndicalistes de toutes tendances.

    La fonction d’intellectuel organique de Michel Hector s’exerce en outre sur le terrainde l’engagement politique, de la lutte partisane. Co-fondateur du Parti populaire de libération nationale (PPLN), avec Marcel Gilbert, Jean-Jacques Dessalines Ambroise, Mario Rameau, Max Chancy, Guy Lominy, Roger Gaillard, Toto Guichard et d’autres militants de l’ancien Parti socialiste populaire (PSP) dont il deviendra par la suite le secrétaire général, Michel Hector se trouve sur tous les fronts de la lutte contre le régime néosultaniste de François Duvalier. Comme ce type de régime politique ne tolère aucune forme d’opposition politique, la dialectique des armes devient donc inévitable.

    Lorsque le PPLN décide de s’y engager, Michel Hector se trouve dans l’obligation de s’initier au maniement des armes en compagnie d’autres dirigeants du parti. C’est dans ces circonstances qu’au mois d’août 1965, au cours d’une séance formation dans une maison située à Pétion-Ville, un coup de feu accidentel conduit à l’encerclement des lieux par les sbires de Papa Doc. Toutefois le groupe parvient à s’enfuir, laissant dans la précipitation d’importants documents compromettants, dont le passeport de l’un d’entre eux. Identifié comme l’un des principaux dirigeants du PPLN, il n’a d’autre choix que de se réfugier à l’ambassade du Brésil. C’est le début du calvaire de Michel Hector, de Denise, sa courageuse épouse et de leurs trois enfants : Maxime, Ary et Didier.

    À la suite de l’emprisonnement, de l’assassinat et de l’exil de plusieurs de ses dirigeants et cadres les plus actifs, le PPLN est démantelé. Les militants et adhérents rescapés de la répression créent, aprèsaoût 1965, le Parti uni des démocrateshaïtiens (PUDA). Au mois de décembre 1968, le PUDA se rapprochant du Parti d’entente populaire (PEP), il advient, au début de l’année 1969, la fusion des deux partis marxistes sous l’appellation de Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH).

    Michel Hector figure naturellement parmi les têtes pensantes du nouveau parti. Durant son séjourà la Havane (1968-1972), comme d’habitude, il assume courageusement le rôles tratégique qui lui est assigné : pour le meilleur ou pour le pire. Et le pire se produit en 1968, lorsque Serge Gilles est arrêté au Canada, ayant utilisé le passeport d’un autre camarade vivant à la Havane. Fou de rage, ce dernier se venge en déchargeant son pistolet sur Michel Hector, à ses yeux responsable de cette affaire. Touché à bout portant, il s’écroule. Michel Hector s’en sort grâce à la promptitude et la présence d’esprit de Denise, sa chère moitié. Rétabli, il retourne en France en 1972, avant d’entamer son aventure mexicaine de 1975 à 1986, aux côtés de sa dévouée épouse et de leurs enfants.

    1986 : retour en Haïti, sa terre natale dont il a été douloureusement sevré pendant si longtemps. L’engagement politique de Michel Hector s’exerce dès lors sous d’autres formes : enseignement et recherche, conférencesà travers le pays, séminaires de formation pour les syndicats ouvriers et paysans, encadrement des cadres et des militants des partis progressistes sans nul besoin de se placer au premier plan, au-devant de la scène. Il apporte en même temps sa contribution à la Société haïtienne d’histoire, de géographie et de géologie (SHHGG) dont il intégrera le conseil de direction en 1989, avant d’en assumer la présidence en l’année2000. Il se fait également remarquer comme vice-recteur aux affaires académiques à l’Université d’État d’Haïti (UEH). Particulièrement actif dans le projet de la Route de l’Esclave mis sur pied par l’UNESCO, Michel Hector devient président du Comité de commémoration du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti en 2014, au décès de Leslie François Manigat. En dépit du  sabotage du projet de réforme de l’UEH par des professeurs se réclamant de la gauche, Michel Hector ne garde aucun ressentiment à leur égard. Tout comme l’assassinat de son fils n’affecte aucunement son patriotisme, cependant que d’autres en auraient voulu au pays tout entier dans un tel cas.

    Voilà l’homme !!!

    Ces lignes objectives retraçant le parcours fascinant du jeune intellectuel engagé, de l’historien au savoir recherché et du militant syndicaliste incorruptible, se veulent un hommage à Michel Hector, esprit sérieux, sans pesanteur, sans gravité doctorale, dirait Jacques Delille.Hommage mérité que lui valent son intégrité, son sens de l’amitié vraie, de l’honneur et de la solidarité dans les luttes quotidiennes menées et à mener pour l’émergence d’une Haïti accédant enfin au progrès, à la modernité. Mes propos sont, certes, ceux d’un ami-frère. Mais je m’exprime surtout en témoin impartial l’ayant vu à l’œuvre, aux premières loges, à son retour d’exil en Haïti, pendant trente-deux ans (1987-2019) d’intimité fraternelle et de confiance mutuelle absolue. Malheureusement, la faucheuse aux desseins impénétrables a mis finà nos rapports ô combien enrichissants ! Toutefois, en rendant l’hommage requis à l’immense patriote et à l’intellectuel organique qu’il a été, je m’en sens soulagé en partie. Car ma dette intellectuelle envers lui est si grande que je ne parviendrai jamais à l’honorer comme je le voudrais. Comme il le mérite.Michel Hector, l’ami-frère qui a consacré 67 ans de sa vie (1952-2019) à l’enseignement et à la recherche, laisse aux yeux de tant de monde, d’ici et d’ailleurs, pour toujours son empreinte indélébile dans la cité. Denise, l’épouse tendrement aimée, ses enfants, ses étudiantes et étudiants, ses collègues, nous toutes et nous tous gardons de Michel Hector un souvenir impérissable.

    Port-au-Prince, le 5 juillet 2021

    Sauveur Pierre ÉTIENNE

              Politiste, Ph.D.

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    Ce 5 juillet 2021 ramène le second anniversaire du décès de Michel Hector. Il était âgé de 87 ans. Pour avoir eu l’honneur et le privilège de collaborer avec le professeur Hector pendant trente-deux ans (1987-2019), aussi bien dans les activités politiques, syndicales qu’académiques, ce serait manquer à moi-même que de ne pas me découvrir fraternellement ...
  • De la nécessité d’une nouvelle Constitution en Haïti, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    L’espace public haïtien est animé depuis quelque temps par, entre autres sujets, celui portant sur la nécessité de doter le pays d’une nouvelle Constitution. Médias, acteurs politiques et la société civile s’y mêlent. Si les sentiers devant amener à l’adoption de cette nouvelle Constitution ne sont pas encore définis en raison notamment des divergences sur la question, la nécessité, elle, s’est manifestée depuis au moins une décennie. De l’amendement de la Constitution de 1987 par le gouvernement de l’ancien président René Préval à la dernière tentative d’amendement enclenchée par les députés de la 50e législature, ce sont les symptômes d’une maladie chronique qui se font sentir. Il s’agit en effet de la désuétude du texte de 1987, son inapplication par les acteurs politiques et son inadaptation à la réalité sociale et politique d’aujourd’hui. Sur une nouvelle Constitution s’impose. Elle s’impose par le fait que, dans tout système démocratique, depuis l’avènement de l’État moderne, le constitutionnalisme a vaincu l’absolutisme en imposant la volonté du peuple constituant de se soumettre à une Constitution comme expression de la volonté générale. À partir de cette période, tout État qui se veut démocratique a vu la nécessité de se doter d’une Constitution qui revêt un double sens. Selon Chevrier (2008), la Constitution se présente comme un document ou un ensemble de règles plus ou moins formalisées qui donnent à l’État son existence, organisent et limitent ses pouvoirs et qui, ce faisant, le séparent de la société. Alors, du point de vue juridico-politique, dans un régime démocratique la Constitution a pour fonction de limiter les pouvoirs et de séparer les affaires de l’État des affaires de la société (incluant aussi les aspects religieux). Dans le cas qui nous concerne, en l’occurrence Haïti, tenant compte du fait que la Constitution du 29 mars 1987 (amendée) est d’une application fragile voire quasi inexistante, nous nous retrouvons devant l’impérieuse obligation de doter au pays d’un texte constitutionnel qui répond aux nouvelles aspirations de la société et pour organiser et limiter le pouvoir de l’État.

    À travers ces quelques paragraphes, je me donne pour tâche de présenter ce qui serait une analyse de la situation d’aujourd’hui et ce qui pourrait constituer l’urgence d’un nouveau contrat social au sens des contractualistes. Pour y parvenir, je déclinerai mes arguments en trois parties. Dans la première partie, j’esquisserai un point de vue global sur les notions de constitution et de constitutionnalisme et je montrerai l’adéquation entre la constitution, l’État et la démocratie. En d’autres termes, je vais montrer l’importance d’une Constitution dans un système démocratique. Dans la deuxième partie, je ferai un survol sur la Constitution haïtienne de 1987, j’essaierai de montrer son inapplication et son inadéquation à la réalité politique d’aujourd’hui, je montrerai qu’en dépit du fait que c’est une Constitution démocratique, elle est caractérisée par une exclusion systématique. Dans la troisième partie, je tenterai de démontrer la nécessité d’avoir une nouvelle Constitution, un nouveau contrat social qui puisse répondre à la réalité sociale et politique de nos jours. Ma contribution à ce débat se dépouille de toute velléité partisane, même si je ne m’enlève pas ce droit en tant que citoyen, j’invite les lecteurs à un exercice de pensée.

    La Constitution et la démocratie

    Le constitutionnalisme comme phénomène relativement récent dans les systèmes politiques a émergé vers la fin du 18e siècle. Il représente un tournant majeur dans les changements de régime politique opérés dans plusieurs États depuis les deux plus remarquables révolution du 18e siècle, à savoir celle des colonies anglaises et celle de la France. Grimm (2019) commentant le constitutionnalisme comme phénomène juridico-politique nous fait savoir que, tout le long du 19e siècle est marqué par des luttes pour une Constitution dans divers pays, et la propension était telle que même les despotes qui ne sont pas enclins à se soumettre à des règles de droit tiennent au moins à entretenir l’apparence que leur pouvoir s’exerce à l’intérieur d’un cadre constitutionnel. Cela témoigne le fait que la volonté des peuples de se doter d’une Constitution était celle qui dictait la praxis politique. De façon liminaire, la notion de constitutionnalisme peut être comprise comme l’idée que, dans tout État, il faut une constitution, de manière à empêcher le despotisme. D’un point de vue plus large, le constitutionnalisme renvoie à l’idée selon laquelle, non seulement une constitution est nécessaire, mais que cette constitution doit être fondée sur quelques principes propres à produire certains effets : l’impossibilité du despotisme ou, ce qui ne revient pas tout à fait au même, la liberté politique (Troper, 1994). Comprise de cette manière, la liberté politique qui est l’une des aspirations des peuples dans différents États démocratiques peut-être liée à l’adoption d’une constitution. D’une certaine manière, la liberté politique découle de l’adoption d’une constitution. Il ne s’agit pourtant pas d’une dimension normative, car il y a bien des États qui adoptent une Constitution mais qui répriment la liberté des citoyens. C’est pourquoi nous insistons sur la forme démocratique de l’État.

    Cette propension à l’adoption d’une Constitution dans les systèmes politiques témoigne de l’adéquation entre la notion de constitution et la démocratie. Mais le grand défi reste la conciliation de la souveraineté populaire et le constitutionnalisme. En d’autres termes, la difficulté réside parfois dans la liaison entre démocratie, souveraineté populaire dans une Constitution démocratique. Selon Wilson R. Huhn (2010), la souveraineté est un déterminant psychologique et sociologique qui affecte la vie politique de la nation. Elle est rendue indispensable à la cohésion et au fonctionnement d’une nation. D’où la nécessité qu’elle soit incluse dans toute tentative de doter un pays d’une constitution. C’est cette quête de souveraineté du peuple haïtien qui a guidé les constituants de 1987 a rédigé la constitution démocratique de la République d’Haïti. Selon Laënnec Hurbon (2001), elle s’inscrit dans l’idéal démocratique du peuple haïtien et se trouve à la croisée entre une quête de justice et un désir de bien-être. C’est un défi que la Constitution de 1987 devrait mais n’a finalement pas pu relever. D’où la nécessité de jeter un regard sur la Constitution haïtienne de 1987.

    La Constitution de 1987 face aux aspirations du peuple haïtien

    En proclamant, par voie référendaire, la constitution du 29 mars 1987, le peuple haïtien a voté à 99,8% (selon les chiffres de Laënnec Hurbon et d’autres institutions nationales et internationales) pour engager le pays sur la voie démocratique et, du même coup a décidé de son avenir. En plus d’exprimer leur volonté de ne plus revenir à la dictature, cette Constitution symbolisait la soif de justice, de bien-être et de liberté de cette nation historique. Dans les faits, au lendemain de la proclamation de la constitution, les enjeux historiques et systémiques étaient tellement présents que le peuple n’a pu élire son premier président démocratique qu’en décembre 1990 (voir Sauveur Pierre Etienne, Haïti : Misère de la démocratie 1999). La Constitution qui comportait en son sein les perspectives pour une organisation de la vie politique, notamment à travers les institutions démocratiques prévues n’a pas su répondre à ses prérogatives. En effet, nombreuses sont les institutions de la Constitution originelle de 1987 et celle amendée qui n’existent que de nom (le Conseil électoral permanent, le Conseil constitutionnel, les assemblées départementales…). Ces institutions, pour la plupart pour ne pas dire dans leur intégralité, sont des assises à un système démocratique effectif. Or, il fallait (il faut encore) tracer les voies par lesquelles les aspirations populaires prennent forme et en même temps limiter les pouvoirs politiques pour ne pas sombrer dans les dérives autoritaires. C’est là une préoccupation qui n’a jamais figuré dans les agendas politiques depuis la proclamation de la Constitution de 1987.

    Au cours de ces trois décennies, les acteurs politiques ont tergiversé afin de ne pas instituer ou renforcer les institutions pour faire fonctionner la démocratie. Et pour cause, la limitation temporelle et fonctionnelle du pouvoir politique, la pérennité des pouvoirs et le fonctionnement des institutions se trouvent menacer. L’exemple la plus poignante sur la difficile limitation fonctionnelle des pouvoirs politiques est la mauvaise expérience des deux dernières législatures. Ces deux législatures, selon plus d’un, ont établi un rapport fusionnel avec le pouvoir exécutif, ce qui rend impossible la principale fonction parlementaire qui est le contrôle et la limitation du pouvoir de l’exécutif. De surcroit, l’absence de ces institutions peut être une source d’instabilités. Comme nous pouvons le remarquer à chaque échéance électorale, des débats inopportuns s’élèvent sur la durée du mandat des élus, et les articles se contredisent. Sans une nouvelle constitution pour cadrer définitivement la vie politique, on se retrouverait face à ces difficultés de temps à autres.

    Ces éléments évoqués, loin d’être exhaustifs, ont contribué à éroder et saper la valeur de la Constitution de 1987. Selon Dieter Grimm (2019), l’érosion par l’intérieur d’une Constitution fragilise la capacité de cette dernière à imposer des règles à la puissance publique. D’où les dysfonctionnements constatés au sein du système politique haïtien ces dernières années.Toutefois l’érosion de la valeur d’une constitution ne met pas en cause les acquis du constitutionnalisme dans son ensemble. De là découle la nécessité de procéder à l’élaboration d’une nouvelle constitution pour sauvegarder les acquis démocratiques du peuple haïtien.

    Vers une nouvelle Constitution en Haïti

    Un des facteurs que je n’ai pas mentionné globalement dans la précédente partie, mais que je juge essentiel, c’est la nature exclusive de la Constitution de 1987. Si j’ai démontré son inapplicabilité et son inadéquation, ces deux facteurs sont aussi sources d’exclusion. En effet, certaines des institutions susmentionnées devraient permettre une meilleure participation populaire dans les affaires politiques, je parle particulièrement des assemblées départementales et communales. L’inexistence de ces institutions réduit la possibilité de participation du peuple, donc son exclusion dans les affaires de la res publica.

    Par ailleurs, l’adoption de la Constitution de 1987 a occasionné une mise à l’écart de la diaspora haïtienne dans les affaires politiques du pays. Or, dans les pays en développement de nos jours, la diaspora représente un pan important dans le développement économique car elle est une source de rentabilité économique considérable. Selon un article paru dans Le nouvelliste en date du 10 janvier 2020, Haïti a reçu 20 milliards de dollars de transferts de sa diaspora entre 2010 et 2019, c’est à peu près sept fois plus que le fond alloué au programme PetroCaribe. Une nouvelle Constitution aura comme l’une des tâches, l’intégration de la diaspora haïtienne dans les affaires politiques et économiques du pays. Mais ce n’est que cela.

    La nécessité d’avoir une nouvelle Constitution haïtienne exige un débat profond sur la Constitution de 1987 pour éviter de commettre les mêmes erreurs. Un travail profond devait être fait avant 1987 afin de déboucher sur la Constitution. Voilà pourquoi il faut s’appesantir sur les failles de la Constitution de 1987 avant de produire la nouvelle car pour faire du nouveau, il faut connaître l’ancien. Et partant du principe selon lequel une Constitution n’est pas quelque chose de calqué, dans la mesure où chaque Constitution répond à un contexte bien spécifique. Au-delà des failles de la Constitution de 1987, la nouvelle Constitution doit tenir compte de certains vides qui n’ont pas été abordés.

    Par exemple, elle doit aussi se pencher sur la problématique de la légitimité politique. En effet, dans le système politique haïtien, à l’ère démocratique, nombreux sont les élus qui souffrent d’un problème de légitimité politique. Depuis le début de l’expérience démocratique, peu sont les présidents qui ont été élus conformément au processus électoral, probablement deux (Aristide et Préval première version). Après quoi, tous les autres rendez-vous électoraux sont marqués par un faible taux de participation qui rend les élus illégitimes par rapport au processus électoral. Les dernières joutes électorales ont propulsé un président avec environ 500 000 voix alors que la population électorale est estimée à 6 000 000 de votants, c’est un malaise politique mais qui a aussi son explication dans le fonctionnement de la démocratie représentative (J’épargne les réflexions qui ne sont pas l’objet de cette communication). Ce même constat est aussi au niveau législatif. La nouvelle Constitution doit tenir compte de cette problématique.

    Conclusion

    A travers ces lignes, je pense avoir accompli l’essentiel des objectifs que je m’étais fixé au départ. J’ai voulu montrer la nécessité de doter le pays d’une nouvelle constitution. J’ai abordé la notion de constitutionnalisme et sa valeur politique dans la démocratie, j’ai ensuite fait un survol sur la Constitution haïtienne de 1987 où j’ai montré son inadéquation avec les aspirations du peuple haïtien. Et finalement j’ai esquissé quelques éléments qui peuvent témoigner de la nécessité d’une nouvelle Constitution. Cette contribution ne constitue pas un cadre normatif dans ce débat qui prend place maintenant dans la société, elle n’est pas non plus d’une valeur heuristique. Je crois qu’il est plutôt nécessaire de continuer les discussions et les débats sur ce sujet dans le but de parvenir à l’adoption d’une Constitution qui répond aux désidératas du peuple haïtien, car une Constitution c’est l’affaire de tout le monde.

    Josué Sénat

    Maîtrise en science politique à l’université du Québec à Montréal

    senat.josue@courrier.uqam.ca

    Source

    Chevrier, Marc. « Trois visions de la constitution et du Constitutionnalisme contemporain » vol 2 Revue québécoise de droit constitutionnel. 2008

    Etienne, Sauveur Pierre : Haïti, misère de la démocratie. L’harmattan. Paris. 1999

    Grimm, Dieter. « L’acquis du constitutionnalisme et ses perspectives dans un monde changé », Trivium [En ligne], 30 | 2019, mis en ligne le 18 décembre 2019. URL:http://journals.openedition.org/trivium/6956

    Huhn, Wilson R. « Constantly Approximating Popular Sovereignty: Seven Fundamental Principles of Constitutional Law », 19 Wm. & Mary Bill Rts. J. 291 (2010), http://scholarship.law.wm.edu/wmborj, vol19/iss2/2.

    Hurbon, Laënnec (2001): Pour une sociologie d’Haïti au XXIe siècle : La démocratie introuvable. Paris : Les Éditions L’Harmattan, 2001, 301 pp. Collection : “Monde caribéen”, collection dirigée par Henry Tourneux. Classique des Sciences sociales.

    Tropper, Michel. Chapitre XIII. Le concept de constitutionnalisme et la théorie moderne du droit. Dans « Pour une théorie juridique de l’État » 1994

    https://lenouvelliste.com/article/211022/haiti-a-recu-environ-20-milliards-de-dollars-de-transferts-de-la-diaspora-entre-2010-et-2019

    Josué Sénat

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    L’espace public haïtien est animé depuis quelque temps par, entre autres sujets, celui portant sur la nécessité de doter le pays d’une nouvelle Constitution. Médias, acteurs politiques et la société civile s’y mêlent. Si les sentiers devant amener à l’adoption de cette nouvelle Constitution ne sont pas encore définis en raison notamment des divergences sur la ...
  • Vers une réponse haïtienne adaptée à la COVID-19 …, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    L’actuelle pandémie de COVID-19 a quasiment pris le monde au dépourvu si bien que même les soi-disant robustes systèmes de santé des grands pays du monde ont bavé de rage à force malheureusement de compter des cadavres. Le pire, ce sont les plus âgés représentant nos archives humaines qui partent en emportant avec eux une partie du savoir empirique et culturel constituant le socle séculaire et même millénaire des sociétés.

    Rappelons qu’Haïti a confirmé officiellement son premier cas importé de COVID-19 le 19 mars 2020, et son premier cas de contamination communautaire un peu plus d’un mois plus tard. Il n’est pas un secret pour personne que nous avons un système de santé précaire, désorganisé, miné par l’irresponsabilité caractérisée à tous les échelons structurels faisant de la crise de la COVID-19 ‘’yon abse sou klou’’, comme l’exprime si bien cet adage haïtien.

    Pourtant, le cours de la pandémie ne semble pas vraiment respecter les prédictions des modèles scientifiques, si l’on tient compte, entre autres, de la modélisation des universités de Cornell et Oxford qui prédisaient un pic en cette période de fin mai et début de juin pouvant aboutir jusqu’à 100,000 morts (sans la disponibilité de 9,000 lits d’hospitalisation dédiés à la COVID-19). Nous ne voulons pas mettre en doute cette modélisation puisque nous connaissons la rigueur scientifique de ces prestigieuses universités, même si les détails pour bien comprendre cette modélisation, notamment les observations sociologiques spécifiques sur lesquelles elle siérait n’ont pas été partagées. Classiquement, la modélisation fait le lien entre l’observation et la formulation de théorie. Au vu de la situation actuelle dans le pays il y a lieu de faire d’autres considérations, en particulier de mieux observer le ‘‘comportement’’ du virus versus les comportements affichés par le peuple haïtien à la lumière des facteurs socio-culturels et même ethno-anthropologiques propres à notre contexte. Ceci est d’autant plus important que beaucoup de mesures de contingence pour freiner cette contagion semblent ne pas s’adapter à notre réalité les faisant quasiment passer pour une sorte de paranoïa scientifique.

    A- L’observation dans les avancées scientifiques[i],[ii],[iii]

    L’observation est l’une des quatre méthodes principales de recueil d’informations dans la démarche scientifique. Elle peut être systématique, participante ou libre. Toutefois, avant même de figurer parmi les principales méthodes de recueil d’informations scientifiques, elle a d’abord été naturelle et à la base de nombreuses découvertes. Les Égyptiens l’ont beaucoup utilisée. Ils ont, par exemple, inventé le clystère ou lavement en observant l’oiseau sacré du Nil, l’ibis qui se purgeait en enfilant son long bec dans son rectum. L’observation permet de recueillir des informations sur les comportements non-verbaux des sujets. Des trois formes d’observation, l’observation libre qui ne fait intervenir l’utilisation d’aucune grille serait à prioriser dans notre contexte. L’observation tout à fait grotesque et naturelle de la dynamique d’évolution de la pandémie de COVID-19 dans la société haïtienne pourrait servir de base aux démarches scientifiques haïtiennes pour une approche et une réponse locale à ce fléau. A la lumière de ces considérations théoriques, nous allons présenter les observations les plus pertinentes relatives à la COVID-19 en Haïti.

    B- Le Corona virus et l’intrigue des faits observés en Haïti.

    La Pandémie de la COVID-19 pourrait se caractériser par une absence de connaissances certaines sur le virus. Cependant contrairement par exemple au VIH, virus responsable du SIDA, où les scientifiques ont mis des années pour le découvrir et pour le connaître, le SARS-CoV-2 responsable de cette pandémie fait partie de la famille des Coronaviridae comprenant au moins 7 espèces assez connus pour leur capacité de provoquer des maladies chez l’homme. On peut citer par exemples l’épidémie de SARS en 2002 et 2003 avec le SARS-CoV et celle de 2012 au Moyen-Orient avec le MERS-CoV[iv]. Il est donc intriguant de constater que ce nouveau coronavirus reste une énigme pour la science moderne dans presque toutes ces caractéristiques. En effet, le SARS-CoV2 se présente comme une sorte ‘’d’inconnu bien connu’’, tant qu’il suscite des débats à l’échelle mondiale sur son origine, sa pathogénicité, son mode de transmission, la physiopathologie de la COVID-19 qu’elle entraine, la prise en charge clinique de ses victimes incluant sa susceptibilité aux types de médicaments modernes ou traditionnels, le défi persistant jusque-là pour la science de trouver un vaccin efficace pour freiner sa propagation, etc.

    Cette intrique est exacerbée face à l’évolution de cette pandémie dans certains pays comme en Haïti où le virus semble jusque-là avoir bafoué les prédictions malgré les légèretés flagrantes dans le suivi des mesures conventionnelles. Les observations minutieuses et pertinentes dans notre société permettent, en effet, de déceler les suivantes :

    Un non-respect de la courbe épidémiologique prédite avec environ 3,000 cas confirmés pour une cinquantaine de décès au début de ce mois de juin, comparé aux milliers de cas confirmés et de décès prédits[v].

    Un non-respect des mesures conventionnelles de prévention jusqu’à un certain déni de la part d’une bonne partie de la population haïtienne. En effet, au lieu de distanciation sociale on voit très souvent des activités de distractions sociales, les marchés publics qui sont encore bondés de monde et mêmes assez souvent des événement de masse comme des manifestations de rues.

    Peu de témoignage de contamination de masse ou en chaine dans les groupes avec déjà au moins un cas index: Ce constat porte bien sûr à questionner notre capacité de dépistage et de suivi des contacts car on devrait déjà à ce stade voir les quelques structures dédiées aux soins explosées et non pas seulement juste saturées par moment. On constate aussi que très souvent les parents, les proches qui naïvement prennent soins des cas positifs sans même tout au moins porter un masque ne tombent pas à leur tour évidemment malade, et les rares fois qu’ils sont testés ils sont souvent trouvés négatifs.

    Des citoyens symptomatiques refusent de se faire tester : Comme pour toute autre maladie létale il y a eu une stigmatisation, parfois même entachée de menace de mort, construite autour de la COVID-19. On se rappelle ce professeur d’université ayant présenté les symptômes du coronavirus qui a failli laisser sa peau dans le nord du pays. Cette paranoïa collective a conduit les premiers cas à se sentir stigmatiser au point de ne coopérer que par la force avec les autorités sanitaires. Ceci a mené subséquemment les personnes testées positives ou présentant les symptômes liés à la maladie soit à dissimuler leur positivité, soit même à inventer un autre syndrome fiévreux (‘’epidemi fyèv’’) qui serait distinct de la COVID-19. Ce qui porte encore à questionner les chiffres officiels car les gens évitent le plus possible à se faire tester.

    Une orientation préférentielle de la population vers la médecine traditionnelle : Dés le début la population a montré une orientation préférentielle vers la médecine des feuilles pour combattre cette pandémie tant à titre préventif que curatif. Même certains médecins ont témoigné avoir eu recours dans un souci préventif à des infusions à base de feuilles et de racines de plantes locales. Il y a aussi des témoignages très favorables de l’efficacité de ces remèdes d’Haïtiens vivant en dehors du pays qui ont cherché à avoir accès de là-bas étant à cette médecine des plantes pour se tourner préférablement vers elle dès l’apparition de symptômes relatifs à la COVID-19 ou même après avoir été testé positifs en terre étrangère.

    On observe aussi que des catégories de travailleurs qui continuent à travailler comme à l’accoutumée, avec une grande proximité n’ayant rien à voir avec la distanciation physique et sans masque, ne seraient pourtant que très peu comptés parmi les cas positifs jusqu’à date pour COVID-19. On peut citer dans ce contexte les pécheurs, les maçons et les cultivateurs. Serait-ce parce qu’ils ne sont pas assez symptomatiques (malades) pour chercher à se faire soigner à l’hôpital? Ou tout simplement un problème d’accès pour les plus faibles économiquement ? Y-aurait-il des facteurs protecteurs qui leur seraient communs tels que leur exposition prolongée au soleil, leur relatif jeune âge ou leur activité physique régulière, par exemple?

    Enfin, un manque flagrant d’équipements de protection personnelle pour les travailleurs de santé qui n’hésitent pas à exprimer leurs inquiétudes assez logiques. D’autant plus que certaines institutions ont commencé à enregistrer des contaminations au sein du personnel. Il s’ensuit que les institutions sanitaires commencent à enregistrer des demandes de congé anticipées et des fermetures des consultations ambulatoires.

    C- Nécessité d’approches scientifiques adaptées.

    Le gouvernement vient de durcir les mesures par la sortie d’un décret précisant les sanctions en cas de non-respect des principes établis. Parallèlement, les contaminations communautaires s’intensifient, les rares centres de soins de COVID-19 sont saturés alors que l’Etat peine encore à respecter ses promesses d’ouvrir deux nouveaux centres en périphérie de la capitale avec la capacité de 200 lits chacun. Il devient quasi évident que nos mesures ne sont pas adaptées et que nous serions peut-être en train de mal dépenser nos faibles ressources en considérant le nombre restreint de tests réalisés, de centres de prise en charge supportés par l’État, l’absence de mesures de prévention de la catastrophe économique post COVID-19, etc. Tout ceci comparé aux dépenses élevées de plus 34 millions de dollars qui seraient déjà effectuées à date rien que pour la gestion de cette crise[vi].

    Si vraiment nous prenons des mesures pour le bien-être de cette population, il est impératif qu’elles soient adaptées le plus que possible à cette dernière, et ne pas se limiter aveuglement à ce qui a été concocté conventionnellement ou pour d’autres populations spécifiques. De ce fait, n’est-il pas impératif de prendre en compte ces observations pour mieux penser et adapter nos stratégies d’approche de la pandémie dans le pays? Beaucoup diront que certaines de ces observations n’ont pas de base scientifique, mais que perdrait-on à les considérer pour les inclure dans la démarche scientifique ? Que perdrait-on à investiguer scientifiquement la place de la pharmacopée naturelle locale dans la croisade anti COVID-19 d’aujourd’hui, au lieu de considérer simplement ces mêmes remèdes naturels d’un autre pays? Que nous apporterait comme bénéfice avec l’évolution actuelle des choses une approche plus souple et décentralisée du processus de testing jusque-là centralisé au MSPP et à GHESKIO.

    Somme toute, Cet article loin de discréditer les stratégies en application pour combattre la COVID-19 en Haïti se veut de préférence être une invitation à explorer d’autres pistes adaptées en vue de suggérer l’adoption d’autres approches en étant plus observateurs de ce qui se passe autour de nous. Nous ne devons pas avoir peur de passer pour des amateurs qui tâtonnent dans la prise en charge de cette pandémie chez nous. D’ailleurs, on ne connait pas de pays qui peut se vanter de bien cerner aucune des caractéristiques de ce virus. Une approche responsable, autonome, peut–être même empirique au départ pour la rendre scientifique plus tard, pourrait qui sait nous permettre à la surprise générale d’endiguer ce fléau efficacement chez nous et de faire l’histoire une fois de plus aux yeux du monde.

    Sterman TOUSSAINT MD, FACS

    Gregory JEROME, MD, MPH

    Références :

    [i] Methodologie de l’observation, Joelle Berrewaerts, EDUS 1101.

    [ii] Dictionnaire raisonné universel d’histoire naturelle. ( Valmond Bomare.

    [iii] Improving Students’ Critical Thinking Skills in Controlling Social Problems Through the Development of the Emancipatory Learning Model for Junior High School Social Studies in Manggarai Marianus Tapung , Enok Maryani , Nana Supriatna (Journal of Social Studies Education Research)

    [iv]https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7098030/

    [v]https://lenouvelliste.com/article/215314/entre-appel-a-la-solidarite-et-de-sombres-previsions-le-dr-william-pape-fait-le-point

    [vi]https://www.mef.gouv.ht/upload/doc/rapport-decaissements-covid19-29-mai-2020.pdf

    Sterman TOUSSAINT MD, FACS Gregory JEROME, MD, MPH

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  • Fin du mandat du Président de la République : un nouvel…, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    Depuis environ un mois , en pleine crise sanitaire, la fin du mandat du président de la République devient un débat très répandu. ceux qui défendent le pouvoir en place veulent à ce que ‘’neg bannan nan ‘’ boucle son mandat le 7 février 2022, de l’autre côté, le secteur de l’opposition  veut à ce que le président parte le 7 février 2021. Les deux camps ont  évoqué des articles différents tirés de la constitution de 1987 amendée pour défendre leurs thèses.

    Face à ce constat, l’obligation m’a été faite de réfléchir sur une proposition et d’en faire part au président de la république et aux différents secteurs de l’opposition pour éviter que le pays ne  sombre dans le chaos.

    D’entre jeux, je propose au chef de l’Etat de remettre sa démission en 2021 . Comment cela doit-il se faire ? Dès le début du mois de juillet de l’année en cours, le chef de l’Etat doit faire de tout son mieux pour réunir tous  les acteurs politiques de la vie nationale sans hypocrisie afin de démarrer la conférence nationale et poser les vrais problèmes qui rongent le pays depuis des décennies.

    Aussi, Doter le pays d’une nouvelle constitution qui répond à la réalité du moment.

    De plus, organiser le procès petrocaribe et d’autres dossiers brûlants qui jaunissent dans les tiroirs de la justice par exemple : le massacre de la saline et de Berl’air.

    Ensuite, mettre sur pied le conseil constitutionnel;
    Renvoyer les 10 sénateurs qui ne gèrent rien d’autre que leurs salaires au frais de la république.

    Enfin, organiser les élections générales crédibles pour que les parlementaires et le nouveau président de la république entrent en fonction entre  Mai et Juin de l’année 2021.

    J’estime que c’est le seul moyen pouvant éviter le pays de connaître une autre transition, le cas échéant, Jovenel Moise sortira par la petite porte de l’histoire et le pays connaîtra une transition inévitablement.

    Me Steevens ROSEMOND, Av au Barreau des Gonaïves.

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    Depuis environ un mois , en pleine crise sanitaire, la fin du mandat du président de la République devient un débat très répandu. ceux qui défendent le pouvoir en place veulent à ce que ‘’neg bannan nan ‘’ boucle son mandat le 7 février 2022, de l’autre côté, le secteur de l’opposition  veut à ce ...
  • Les politiques pinaillent, l’économie s’effondre, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    Ce mercredi était le troisième jour de la semaine avec des activités presque normales sur la région métropolitaine. Presque normales car il y a encore des manifestations et des barrages ici et là. Et personne ne peut dire qu’il circule librement et sans peur sur toute l’étendue du territoire.

    Preuve que cela va mieux après plus de sept semaines de Peyi lòk, le gouvernement haïtien a décidé d’augmenter le salaire minimum ce mercredi. Comme souvent avec cette administration, la nouvelle tombe comme un gros cheveu dans la petite soupe que chaque famille peut s’offrir ces derniers jours.

    « On veut du travail. Ne pas perdre notre job. Et ne plus avoir peur chaque matin en pensant à comment va se passer la journée », a réagi un père de famille en apprenant la nouvelle. Il va gagner 40 gourdes de plus par jour grâce à l’ajustement.

    Toute augmentation de salaire est toujours une bonne chose, mais comme l’a souligné la journaliste Amélie Baron dans un message posté sur Twitter sur le salaire minimum et la dépréciation de la monnaie nationale en Haïti : en octobre 2018: le salaire minimum pour 8h de travail en usine textile était fixé à 420 gourdes (soit à l’époque $ 6,06 US). En novembre 2019 : le gouvernement fixe ce salaire à 500 gourdes ($ 5,13 US).

    En une année, les politiques du gouvernement ont fait perdre 93 centimes en dollars américains aux travailleurs haïtiens. Près de 90 gourdes.

    L’augmentation de salaire n’est plus une augmentation, même pas un ajustement, c’est le verdict de la mauvaise gouvernance.

    En parlant d’emploi et de salaire, après dix ans de services dans le ciel d’Haïti, la compagnie aérienne Delta arrêtera de desservir la destination Port-au-Prince en janvier prochain, a appris Le Nouvelliste.

    Des emplois directs et indirects de bonne qualité partent en fumée.

    Plus que cela, après le retrait de l’hôtelier Best Western, le retrait du transporteur aérien Delta est le symptôme du mal-être des multinationales venues en Haïti après la conférence sur l’investissement organisée par René Préval et Bill Clinton avant 2010 ou dans l’euphorie de la reconstruction après le séisme du 12 janvier 2010.

    Si on est informé des difficultés des grandes entreprises en Haïti, tous les jours entreprises, entrepreneurs et acteurs du secteur informel abandonnent le monde des affaires en Haïti. Depuis 2015, l’économie locale pique du nez. La crise des derniers mois est mortelle pour les investissements et l’emploi.

    Le pays va compter pendant des mois encore les dégâts occasionnés par la crise politique et les victimes de la mauvaise gouvernance de ces dernières années.

    Comme si cela ne suffisait pas, les politiques refusent toujours de se parler et l’opposition rate son rendez-vous de ce jeudi où était annoncé un conclave pour sortir avec une position unitaire.

    L’économie et les gens s’effondrent. Les politiques pinaillent.

    Edito du Nouvelliste

    Frantz Duval

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  • Faut-il arrêter ou continuer la subvention des prix …, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    À chaque épisode de rareté de carburant, le débat refait surface : faut-il arrêter ou continuer la subvention des prix à la pompe? Les économistes ne s’entendent pas tous sur la question. Dans un article en date du 3 septembre 2019 (1), notre consœur Martine Isaac a présenté les points de vue divergents de quelques économistes autour de la problématique.

    Évidemment, c’est une question qui dépasse le cadre d’une simple décision économique. Elle est devenue éminemment politique. Il devient donc très difficile d’y répondre par oui ou non. Il devient de plus en plus pénible pour les dirigeants de maintenir la subvention.

    Juste pour vous donner une idée de l’ampleur du problème : sur chaque galon de gasoil vendu à la pompe à partir de la cargaison datant du 5 août 2019, l’État haïtien doit rembourser 82,75 gourdes aux importateurs pour pouvoir garder le prix à la pompe à 179 gourdes tel qu’il est. N’était la subvention, le consommateur aurait dû payer le galon à 261,75 gourdes. Sur chaque galon de gazoline vendu, la subvention s’élève à 70,15 gourdes afin de pouvoir maintenir le prix à la pompe à 224 gourdes contre un prix réel de 294,51 gourdes.

    Au total, selon les informations disponibles, c’est un montant mensuel de 20 millions de dollars à rembourser par l’État aux compagnies pétrolières, soit une moyenne de 240 millions de dollars durant l’année. Ainsi, l’essence, qui permettait au Trésor public de rentrer de l’argent par le passé, est devenue aujourd’hui une source de déficit budgétaire dans un contexte où les recettes fiscales étaient déjà en baisse. Il se pose alors un sérieux problème au niveau des finances publiques qui réduit la capacité d’intervention de l’État. Celui-ci n’arrive même pas à payer les salaires de tous ses fonctionnaires. Ces considérations d’ordre économique pourraient amplement justifier une augmentation des prix à la pompe.

    Cependant, l’expérience des émeutes des 6 et 7 juillet 2018 laisse encore un goût amer à la gorge des responsables de l’État et du secteur privé qui en a été largement victime. Le président de la République avait dû revenir sur la décision d’augmenter les prix de l’essence. Le climat socioéconomique et politique ne s’est nullement amélioré depuis. Au contraire. Des émeutes seraient aujourd’hui encore plus catastrophiques qu’elles ne l’étaient en juillet 2018 puisque les conditions de vie se sont énormément dégradées depuis.

    Le coût politique, voire économique, semble être plus faible si les autorités gardent les prix à la pompe inchangés. Particulièrement à la veille de la rentrée des classes. Après la rentrée, ce sera les fêtes de fin d’année. Ce ne sera pas un meilleur timing non plus.

    Il faudrait des dirigeants très crédibles à la tête de l’État pour essayer de convaincre la population de la nécessité d’accepter une hausse des prix à la pompe en ces temps de grande précarité. Tout semble indiquer que la conjoncture actuelle ne s’y prête guère. Des émeutes aujourd’hui pourraient probablement coûter la tête de l’actuel président de la République. Donc, augmenter ou non le prix du carburant représente un délicat arbitrage à faire par les responsables. Il s’agit d’un exercice très périlleux. 

    Les conséquences de la dépréciation de la gourde

    Comme nous l’avons expliqué dans notre chronique en date du 23 juillet 2018, trois principaux facteurs expliquent la fluctuation des prix du pétrole à la pompe en Haïti. Ce sont la dépréciation de la gourde, les différents frais et taxes sur l’importation du pétrole et la variation des prix de l’essence sur le marché international. Nous avions fait des exercices de simulation à partir de la structure des prix du 10 octobre 2014 pour mesurer l’impact de chacun de ces trois facteurs sur l’augmentation des prix de l’essence.

    Nos résultats indiquent que la nécessité d’augmenter les prix à la pompe est due essentiellement à la dépréciation de la gourde. D’ailleurs, les prix de l’essence étaient en baisse sur le marché international pendant la période allant d’octobre 2014 à juin 2018, tandis que les dirigeants haïtiens se retrouvaient dans la nécessité d’augmenter les prix en Haïti. L’État ne peut pas vraiment toucher de manière significative la marge bénéficiaire des opérateurs qui demeure relativement stable. Pour les taxes, les autorités ont renoncé à la perception des droits de douane pour pouvoir garder le prix à la pompe inchangé.

    En ce qui a trait à la fluctuation des prix sur le marché international, nous y reviendrons dans une prochaine chronique. Notons tout simplement que ce marché subit énormément les assauts de la spéculation, puisque le prix du baril de pétrole et de l’essence raffinée se négocient à la bourse où la spéculation demeure cruciale dans l’établissement du prix.

    Concernant la dépréciation de la gourde, entre octobre 2014 et août 2019, le taux de change de fin de période est passé de 45,76 à 93,39 gourdes, soit une dépréciation de 104,1 %. Pour calculer les prix en vigueur au 10 octobre 2014, le gouvernement utilisait un taux de change de 45,75 gourdes pour un dollar américain. Aujourd’hui, le taux de change minimal passe à 94 gourdes, deux fois plus élevé. Avec une telle dépréciation, même si les prix de l’essence diminuaient de façon significative sur le marché international, ils seraient à la hausse sur le marché local.

    Si, en outre, les prix augmentent sur le marché mondial, ils deviendront insoutenables en Haïti. Une alternative intéressante serait une segmentation du marché local où les consommateurs plus riches paieraient le prix réel et les moins nantis bénéficieraient de la subvention. Aujourd’hui, l’État haïtien subventionne les riches et les pauvres au même niveau. L’inconvénient majeur de cette option de prix discriminant demeure dans la décantation effective entre qui doit obtenir la subvention en évitant les passagers clandestins.

    Il y a plus d’une décennie, l’homme d’affaires Daniel Gérard Rouzier avait proposé d’utiliser le même barème de taxation tant pour le gasoil que pour la gazoline. L’État haïtien rembourse aujourd’hui 82,75 gourdes aux compagnies pétrolières pour chaque galon de gazoline contre 70,15 gourdes pour chaque galon de diésel. Le diésel est généralement plus cher sur le marché international que la gazoline. C’est cette différence de taxation qui le rend moins cher que la gazoline en Haïti.

    Or, ce sont globalement les plus nantis qui utilisent les voitures ou génératrices diésel.  Ils profitent donc beaucoup plus de la subvention de l’essence que les plus pauvres en payant 179 gourdes le gasoil alors que la gazoline se vend à 224 gourdes. L’État haïtien pourrait commencer par uniformiser le barème de taxation en attendant de penser à faire payer le juste prix aux consommateurs les plus riches. Il gagnerait déjà 12 gourdes sur chaque galon de diésel vendu. Cette option nous paraît assez réaliste et faisable.

    Thomas Lalime

    thomaslalime@yahoo.fr

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    À chaque épisode de rareté de carburant, le débat refait surface : faut-il arrêter ou continuer la subvention des prix à la pompe? Les économistes ne s’entendent pas tous sur la question. Dans un article en date du 3 septembre 2019 (1), notre consœur Martine Isaac a présenté les points de vue divergents de quelques ...
  • Des technologies numériques qui transforment …, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    Dans une chronique en date du 8 avril 2019 (1), nous avons fait état des opportunités qu’Haïti pourrait tirer de l’économie numérique. L’usage répandu des Nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC) a eu un impact important sur tous les secteurs économiques à travers le monde. Les technologies numériques deviennent le facteur de productivité par excellence, donc un enjeu de croissance et de développement économiques.

    Participant au symposium organisé le 21 décembre 2018 par le Conseil national des télécommunications (Conatel), nous avons exploré les opportunités, enjeux et défis de l’économie numérique pour Haïti, en particulier des télécoms et des NTIC. Hal Varian (2016), auteur de manuels de théorie microéconomique et économiste en chef à Google, expose cinq grands moyens par lesquels les technologies numériques transformeront les activités économiques. La banque du Canada les a reprises dans une de ses publications (2). En voici un extrait :

    1. Collecte et analyse de données : Les entreprises seront en mesure de recueillir de grande quantité d’informations sur les préférences des clients et de s’en servir pour prévoir leur comportement et améliorer la prestation de services.

    2. Personnalisation : Les entreprises pourront fournir des produits et services conçus sur mesure. Les clients comptent vivre une expérience simplifiée et s’attendent à ce que les commerçants possèdent les renseignements pertinents sur leur historique d’achats, leurs préférences de facturation, leur adresse de livraison, entre autres.

    3. Expérimentation et amélioration continue : Les entreprises seront à même d’exploiter de grands ensembles de données et de puissants algorithmes de prévision pour automatiser leurs systèmes et éclairer leurs décisions concernant la production et l’affectation des ressources.

    4. Innovation en passation de contrats : Les entreprises et les clients pourront suivre, surveiller et vérifier les activités exécutées par les autres parties aux contrats, ce qui facilitera de nouveaux types de transactions économiques telles que le service de transport accessible par application mobile, la monnaie électronique et le grand livre partagé.

    5. Coordination et communication : Les outils de communication, à travers les logiciels de partage de fichiers, les vidéoconférences et les appareils mobiles sans fil, permettront aux gens et aux ressources d’interagir avec une flexibilité accrue, peu importe où ils se trouvent. Les entreprises parviendront plus facilement à offrir leurs produits et services sur les marchés.

    L’ensemble de ces transformations pousse certains auteurs à parler d’une révolution de la gestion engendrée par l’avènement du numérique. L’explosion récente des données numériques a une importance cruciale. Les gestionnaires, privés ou publics, peuvent mesurer, évaluer, savoir davantage sur leurs activités et traduire ces connaissances en une prise de décision et une performance améliorées.

    Apprendre à exploiter de nouveaux flux d’informations peut radicalement améliorer la performance des entreprises et des institutions publiques. Mais cela doi td’abord passer par un changement de culture de prise de décision. Par exemple, à partir des achats en ligne, un entrepreneur peut suivre ce que les clients ont acheté et ce qu’ils ont regardé, autrement dit leurs préférences. Il peut analyser la façon dont les clients ont navigué à travers le magasin ou le site Internet, à quel point ils ont été influencés par les promotions, les critiques et les similitudes entre les influenceurs.

    Avec l’analyse des données sur leurs clients, les librairies développent des modèles pour prédire quels livres les clients voudraient lire. Il ne fait donc aucun doute que l’utilisation de ces données massives (Big Data) a le potentiel de transformer la gestion des entreprises.

    Qu’en est-il de la gestion de l’État ?

    On ne peut pas gérer ce que l’on ne mesure pas, aiment répéter les statisticiens et économètres. Les technologies numériques permettent de mieux mesurer, donc de gérer plus efficacement. On peut faire de meilleures prévisions et prendre des décisions plus intelligentes. Au niveau de l’État, on peut cibler des interventions plus efficaces et on peut le faire dans des domaines jusqu’ici dominés par l’intuition plutôt que par les données, les modèles et la rigueur.

    À mesure que les outils et la philosophie du « Big Data » se répandront, ils modifieront les idées de longue date sur la valeur de l’expérience, la nature de l’expertise et la pratique de la gestion. Les données montrent que les décisions basées sur les données sont bien meilleures. L’utilisation de « Big Data » permet aux gestionnaires de décider sur la base d’évidences statistiques plutôt que sur de simples intuitions.

    Par exemple, la firme américaine Target a prédi la grossesse d’une adolescente aux États-Unis bien avant que ses parents ne s’en aperçoivent. Elle a commencé par envoyer des promotions d’articles pour bébés à la jeune fille. Son père, outré, ne savait même pas encore qu’elle était enceinte. Juste pour vous donner une idée de la justesse de prévision, faite à partir de simples données de consommation d’un client.

    Plus les entreprises fondent leurs décisions sur la base de données, mieux elles prennent des mesures objectives et aboutissent à des résultats financiers et opérationnels. Les entreprises se trouvant dans le tiers supérieur de leur industrie, utilisant la prise de décision axée sur les données, étaient, en moyenne, 5 % plus productives et 6% plus rentables que leurs concurrents, selon une étude réalisée par Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson publiée dans la revue Harvard Business Review en 2012. Cette différence de résultats demeure robuste à la prise en compte des contributions du travail, du capital, des services achetés et des investissements informatiques dans la rentabilité des entreprises.

    L’amélioration de la capacité de prévision occasionnée par l’avènement du numérique conduit également à une augmentation de l’efficacité des politiques publiques. Shane Reese de la « Bringham Young University » a étudié les possibilités de prévoir des émeutes à l’aide de données publiques sur les réseaux sociaux telles que les tweets, les posts sur Facebook, Instagram entre autres. Il utilise tous les messages Twitter en l’Amérique latine pendant 4 ans pour tenter de prédire s’il y aura une émeute ou non.  Parmi les prédicteurs ou variables indépendantes, on retrouve le volume des tweets, de posts sur Facebook et la présence de certains mots-clés.

    De telles approches auraient pu être utilisées pour dénicher des investisseurs étrangers. Ces derniers ne viendront pas en Haïti du jour au lendemain sans une attraction locale cohérente et efficace. Il faudra les convaincre des opportunités qu’offre Haïti et comment ils pourront en bénéficier. Avec les techniques de l’intelligence d’affaires et du « Big Data », on pourrait créer une base de données avec les profils d’entrepreneurs qui investissent dans la Caraïbe, particulièrement en République dominicaine, pour leur présenter des opportunités d’affaires qui compléteraient leur plan d’affaires dans la Caraïbe. Même les pays industrialisés continuent de développer des stratégies d’attraction et de rétention  des investisseurs étrangers. C’est une obligation pour Haïti.  

    Thomas Lalime source Le Nouvelliste

    https://lenouvelliste.com/article/200230/leconomie-numerique-des-opportu…

    https://www.banqueducanada.ca/wp-content/uploads/2017/05/revue-bdc-print…

    Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson, octobre, 2012, Harvard Business Review

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    Dans une chronique en date du 8 avril 2019 (1), nous avons fait état des opportunités qu’Haïti pourrait tirer de l’économie numérique. L’usage répandu des Nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC) a eu un impact important sur tous les secteurs économiques à travers le monde. Les technologies numériques deviennent le facteur de productivité ...
  • Débat autour de la compétitivité et la gouvernance des villes, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    Sous les auspices de l’Institut des politiques publiques (IPB) et d’autres partenaires, dont la firme Consultation et Résultats, un débat autour des villes et la gouvernance locale a été organisé, ce vendredi, à l’Université Quisqueya. L’économiste Kesner Pharel, le géographe Hervé St-Preux et l’architecte-urbaniste Olsen Jean Julien ont été les principaux intervenants à cette martinée-débat.

    « Ville et gouvernance locale dans le cadre d’une politique publique de développement de la ville », c’est autour de ce thème que se déroule cette matinée-débat où chaque  intervenant a fait valoir et ses points de vues sur  les villes. C’est le cas de l’économiste Kesner Pharel qui a présenté les différents indicateurs à prendre en compte dans le cadre de la compétitivité des villes : « Quand on parle de la compétitivité des villes, il y a 12 piliers à considérer : les institutions, les infrastructures, les technologies de l’information, la stabilité macroéconomique, entre autres. Cette année, on a ajouté le capital humain (santé et compétence), le marché des biens et des services,  le marché du travail, le système financier, la taille du marché », indiqué le patron du Group Croissance, soulignant que la taille du marché haïtien est plus petite que celles de la République dominicaine et de la Jamaïque bien que le pays a beaucoup plus d’habitants que ses voisins régionaux.

    L’économiste a aussi abordé la question de l’efficience de la gouvernance locale. Il a fait le point sur les différents points : « Capacité du service de santé,  capacité des écoles,  sécurité, efficience dans l’enregistrement, unité de promotion des investissements, conformité aux directives nationales, présence d’un plan d’aménagement du territoire, présence d’un plan de gestion de réduction des risques de désastres, ratio des taxes et impôts collectés par rapport aux revenus totaux de la commune, un score de transparence dans le système de gestion de performance au niveau du gouvernement local, un score de gouvernance économique dans le système de gestion de performance au niveau du gouvernement local. »

    A côté de ses indicateurs, le P.D.G. du Group Croissance a également fait mention d’un ensemble de sous-indicateurs pour faciliter le dynamisme économique : la taille de l’économie locale, le nombre de firmes, la croissance de l’économie, le coût du loyer, les universités, les banques… Ce sont des informations essentielles que les mairies doivent être en mesure de communiquer  surtout quand  elles veulent attirer des investisseurs dans leurs communes respectives. Sur le plan des infrastructures, elles doivent connaitre combien de kilomètres de routes, de chambres d’hôtel, d’heures d’électricité, de connexion aux technologies de l’information et de la communication dont disposent leurs communes. Les infrastructures de transport, les infrastructures sanitaires, le nombre de points financiers disponibles dans leurs communes sont des atouts importants pour inviter des investisseurs.

    En outre, l’économiste Kesner Pharel a souligné une nouvelle structure dont toutes les mairies devraient disposer. « Il faut une unité financière efficace au niveau des mairies pour chercher les ressources domestiques et sa part du gâteau dans le budget national. Les mairies peuvent aussi émettre des bons municipaux. Pour cela, elles doivent être bien gérés et auditée régulièrement par des firmes d’audit », a-t-il soutenu.

    Pour sa part, le géographe Hervé St-Preux a partagé avec l’assistance les différentes théories sur les villes. « La ville est dynamique. Elle est une production. La ville est un produit, c’est un vécu.  La ville fait face à des problèmes. D’où la nécessité de la gouvernance urbaine », a fait comprendre le géographe. Quant à la gouvernance, il a fait savoir que c’est un ensemble de traditions, un ensemble d’institutions par lesquelles  on exerce le pouvoir. La gouvernance a pour objectif le bien de tous, souligne-t-il, faisant référence à la définition de la Banque mondiale.

    Au cours de son exposé, M. Hervé St-Preux a défini la gouvernance urbaine. « La gouvernance urbaine n’est pas différente, mais elle se fait à une échelle beaucoup plus petite sur un espace plus réduit où les acteurs peuvent être plus nombreux et sont plus proches les uns des autres. C’est une question d’échelle. La gouvernance urbaine est la gouvernance d’une ville. Les citoyens sont de plus en plus présents dans la gouvernance urbaine que dans la gouvernance de façon générale », a- t-il expliqué.

     M. Hervé St-Preux  a fait le point sur les services de base que toutes les municipalités doivent être en mesure d’offrir : la gestion des déchets et de recyclage et la gestion des risques et désastres (secouristes, pompiers, ambulanciers, stock de médicaments d’urgence). Il s’interroge sur la motivation des députés qui ont transformé le Service métropolitain de collecte de résidus solides (SMCRS), une structure régionale qui n’était pas efficace quand il était une structure nationale.

    De son côté, Olsen Jean Julien a parlé des grands projets et des commémorations sur le plan de la gouvernance. Un grand projet urbain, ajoute-t-il, est une chose complexe qui implique la mobilisation des capitaux, l’implication du pouvoir local ou national et de tous les acteurs. Il exige du temps et doit avoir un impact social, économique, politique et environnement.

    Gerard Jeanty Junior source Le Nouvelliste

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    Sous les auspices de l’Institut des politiques publiques (IPB) et d’autres partenaires, dont la firme Consultation et Résultats, un débat autour des villes et la gouvernance locale a été organisé, ce vendredi, à l’Université Quisqueya. L’économiste Kesner Pharel, le géographe Hervé St-Preux et l’architecte-urbaniste Olsen Jean Julien ont été les principaux intervenants à cette martinée-débat. « Ville ...
  • « Pourquoi Haïti Peut Réussir » …, Idées et Opinions, RUMEURS D'HAITI

    Une analyse  du livre de l’économiste Enomy Germain « Pourquoi Haïti Peut Réussir » par le Dr. Claude Joseph.

    « Pourquoi Haïti Peut Réussir » est un acte audacieux. C’est l’œuvre d’un économiste entêté refusant de prendre des raccourcis et de s’adonner aux clichés qui ont longtemps caractérisé pas mal de réflexions à prétention scientifique sur Haïti. Ici, Haïti n’est présentée ni comme une énigme, ni comme une équation destinée à rester sans solution. Sans être complaisant envers les hommes et les femmes qui ont dirigé le pays depuis plus de deux siècles, l’auteur se démarque expressément de la version historique sensationnaliste, à couleur ethnocentrique, faisant croire qu’Haïti a choisi la voie de la misère et de la pauvreté. Loin s’en faut. Enomy Germain reconnait, à juste titre, qu’en tant que formation sociale dépendante, la nation haïtienne ne saurait être responsable de tous ses malheurs. Les racines du sous-développement d’Haïti sont plus profondes. Le spectre affreux et sanglant du colonialisme hante encore tout effort de développement. Ainsi, en esquivant certains chantiers battus et d’autres explications faciles souvent utilisées pour appréhender un phénomène social non moins complexe, l’auteur nous offre une œuvre d’économie politique de profondeur. Et pour avoir pris son temps à aiguiser des outils méthodologiques pour étudier le « défi haïtien », Enomy Germain a produit un travail qui n’aura pas démérité la postérité.

    « Peuple », pour utiliser les mots d’Edmond Paul, « ce livre en appelle à votre cœur – comme au dernier refuge du patriotisme [1]  ». À un moment où l’idée d’« une autre Haïti est possible » ne résonne que comme un vœu pieux, même pour la majorité de nos biens pensants ne cessant d’ailleurs d’inviter la jeunesse Haïtienne à laisser le pays en masse pour des cieux plus cléments, le livre que vous aurez en main porte un message rassurant : « Haïti peut emprunter la voie vertueuse du progrès et de la réussite socioéconomique ». Mais plus qu’un message d’espoir et une œuvre citoyenne responsable invitant nos jeunes à résister au défaitisme, c’est d’abord et avant tout un pari sur la science. C’est le résultat d’un « ensemble d’examens se portant sur les obstacles au progrès en Haïti, et sur les moyens humains et potentialités économiques dont dispose ce pays, sous une forme ou une autre, qui peuvent bien l’aider à enclencher sa marche vers la réussite socioéconomique ».

    Quoi qu’il en soit, c’est un pari osé. Ceux qui éprouvent de l’aversion au risque n’accepteraient jamais de miser leurs argents sur une pièce de monnaie qui tombe pile neuf fois sur dix. Haïti illustre le cas d’un jeu truqué. On dirait, de préférence, qu’une cruelle fatalité s’acharne contre la république et qu’il n’y a rien à tenter contre. En 1884, Spencer St-John, dans son livre « Haïti : Or, the Black Republic », a fait un lugubre constat qui semble corroborer cette conjecture. « Je connais Haïti depuis plus de vingt ans, et je dois avouer que l’une après l’autre, j’ai perdu toutes mes illusions », écrivait-il…  « Je connaissais alors nombre de jeunes légistes, députés et employés du gouvernement, pleins d’enthousiasme, qui parlaient merveilleusement de projets de réforme et du désir de voir leur pays progresser dans la civilisation. Ils m’inspiraient confiance et j’avais hâte de les voir arriver au pouvoir ». Cependant, ajoute-t-il, « quand ils y furent parvenus et qu’ils eurent la possibilité de mettre le gouvernement d’accord avec la législation, pour édicter des reformes judicieuses, ils eurent une lamentable défaillance[2] ».

    Plus d’un siècle après, au lieu de s’améliorer, les choses s’empirent. L’espoir d’une Haïti meilleure se fane. À preuve, plus de 85% des haïtiens ayant un diplôme universitaire (licence, maitrise et doctorat) vivent en dehors du pays, particulièrement aux Etats-Unis et au Canada. Et comme si cette fuite de cerveaux n’est pas assez dommageable, Fritz Dorvilier conseille aux dirigeants Haïtiens de « favoriser le départ vers des pays étrangers développés d’une importante quantité de la population haïtienne », une politique publique qui, dit-il, « permettra de désamorcer la bombe démographique qui menace les montagnes déboisées et les petites plaines arables en voie d’urbanisation accélérée[3] ». Cette solution malthusienne inappropriée, peu réfléchie, est une carte blanche à l’irresponsabilité. Elle fait partie de ces réflexions qui renforcent la perception qu’Haïti restera toujours pauvre si l’occident ne la tend pas sa main bienveillante. Enomy Germain n’y croit pas et s’est, par conséquent, donné la noble, mais non moins difficile, mission de montrer pourquoi Haïti peut réussir sans pour autant obéir aveuglément aux principes du capitalisme de l’économie monde.

    En effet, ce que cette œuvre comporte de plus fascinant c’est sa rigueur méthodologique. L’auteur a su bien jouer sur les cordes épistémologiques pour ne pas interpréter les effets pour des causes. Erreur grossière, mais commune dans les sciences sociales. Nos « chercheurs » haïtiens n’ont-ils pas beau confondu les comportements dérivés du sous-développement pour les causes du sous-développement ? Sachant pour qu’il y ait relation causale, il faut, entre autres, que la cause précède l’effet, l’auteur croit qu’il est important de remonter dans l’histoire, étudier le schéma institutionnel colonial pour une meilleure compréhension de l’échec de la nation haïtienne ainsi que sa possibilité de réussir. En ce sens, la synthèse historique que nous présente Enomy Germain à travers son ouvrage est importante à plus d’un titre. L’histoire est devenue un outil indispensable dans les travaux d’économie politique traitant les origines de la puissance, de la prospérité et de la pauvreté des nations.  Et dans notre cas, comme nous dit Benoît Joachim, « pour comprendre le présent et construire un avenir meilleur, il importe de connaitre et d’expliquer les structures mises en place au cours de l’histoire haïtienne[4] ».

    On ne comprendra pas ce que Joachim appelle le retournement haïtien, « ce passage d’une révolution sans précédent ayant débouché sur une indépendance radicale, à la dépendance », ou ce que Enomy Germain appelle « la marche vers l’échec », sans étudier les institutions formelles et informelles mises en place au cours de l’histoire haïtienne.  On ne comprendra jamais pourquoi les haïtiens sont si méfiants les uns envers les autres et pourquoi leurs relations sont teintées d’autant d’incivilités et caractérisées par la « passion excessive égalitaire[5] » sans remonter aux pratiques coloniales perverties qui prévalaient à Saint-Domingue. L’inclinaison de nos dirigeants à la corruption et la cupidité de la bourgeoisie haïtienne ne peuvent pas être expliquées sans comprendre la mise en place de ce que Daron Acemoglu et James A. Robinson appellent des institutions économiques et politiques extractives. Comme tant d’autres sociétés, écrit Edmond Paul, « la société haïtienne, et plus particulièrement elle, à cause de ses origines exceptionnelles, comporta à sa fondation bien des vices, bien de semences qui devaient dans le cours de son existence l’ébranler profondément[6] ». Ainsi, « quel que soit le découpage historique fait ou la cause identifiée pour expliquer l’échec, nous dit Enomy Germain, « il reste immuable que l’héritage est lourd ».  

    Et c’est exactement de cela que nous parle David Placide dans son « L’Héritage Colonial en Haïti » dont la première édition remonte à plus d’un demi-siècle. D’après cet auteur, « plus on étudie la Nation Haïtienne dans ses lointaines origines, plus on demeure convaincu que, soumise, durant près de trois siècles, au dégradant régime colonial, elle ne pouvait être dans les premiers temps de sa vie indépendante que ce qu’elle a été : désorientée et trébuchante dans la recherche de son équilibre social et politique ». «Et, conséquemment », ajoute Placide, « mieux on comprend certaines singularités de son état présent[7] ».

     Haïti, ancienne colonie d’exploitation, a hérité d’un système d’institutions permettant à une toute petite minorité de s’enrichir au dépens de la grande majorité. Ce sont des institutions de types mitaencomienda et repartimientos dont toute la gamme est conçue pour réduire le niveau de vie des populations indigènes à un degré de subsistance minimum, afin que le moindre excédent profite aux Espagnols. Acemoglu et Robinson notent que si ces institutions ont rapporté des richesses incommensurables à la couronne d’Espagne et fait la fortune des conquistadors et de leurs descendants, « elles ont également fait de l’Amérique latine le continent le plus égalitaire du monde et sapé une bonne part de son potentiel économique[8] ».

    En Haïti, cette politique des institutions se manifeste par la concentration des richesses et centralisation des fenêtres d’opportunités autour des « réseaux de familles ou d’autres liens sociaux, limitant de ce fait l’explosion des forces créatrices ainsi que l’exploitation des potentielles naturelles[9] ». Ces réseaux sociaux d’accumulation (RSA), nous dit Fritz Jean, ont à leur service un État leur permettant de maitriser les différents circuits de la chaine de production allant des circuits de financement aux circuits de commercialisation. C’est pourquoi Michel Soukar ne cesse de dénoncer le mensonge de la bourgeoisie haïtienne qui se plaint de l’absence de financement public de leurs divers projets. Du gouvernement de Paul Magloire à celui de Jean-Claude Duvalier, selon Soukar, « l’État haïtien a financé, souvent à des fonds perdus, les hôtels luxueux de Pétion-Ville, les industries de formation du sisal, de fabrication des carreaux de céramiques, de pâte de tomate, de bonneterie, d’extraction du marbre, de protection du rhum, d’ustensiles de cuisine, d’imprimerie, sans oublier de nombreuses industries d’assemblage travaillant pour le marché américain ». Pendant plus de quarante ans, renchérit Soukar, « l’État haïtien a financé la bourgeoisie à travers la Banque Nationale de la République d’Haïti, qui travaillait surtout avec les exportateurs de café et les importateurs, et par une financière spécialisée qui prit les appellations successives d’Institut Haïtien de Crédit Agricole et Industriel (BNDAI)[10]».

    Haïti, dis-je, est un cas non moins complexe. Donc, conclure à partir d’une lecture historique post-Duvalier qu’elle a choisi la voie de la pauvreté et de la misère n’est pas seulement réductionniste, mais cela également participe du projet visant à faire taire le passé – « Silencing the past », pour répéter Michel Rolph Trouillot dans son livre “Silencing the past : Power and the production of history”. Si Enomy Germain, de son coté, a choisi d’étudier Haïti à la lumière des théories institutionnelles, c’est surtout pour pouvoir appréhender la dimension de cette complexité. Haïti n’est pas une composition physique qui peut être analysée à partir de ses particules prises isolément. Haïti est une totalité qui est plus que la somme de ses parties.

    Pour Robert Fatton, Haïti, comme la Sierra Leone, la Somalie et la République Démocratique du Congo, est un pays situé à l’extrême périphérique. Cette zone, produite du néolibéralisme dans un système-monde, caractérisée, entre autres, par l’extrême pauvreté, désastres naturels, occupation étrangère et une dynamique politique à somme nulle, est privée de toute sa souveraineté[11]. La gestion de l’aide post-seime montre qu’Haïti n’est qu’un espace géographique désormais occupé et gouverné par des organisations internationales, d’où le terme à la mode : la république des ONG.  Ces dernières ont un impact majeur sur la politique intérieure haïtienne dans la mesure où elles supplantent l’Etat dans la plupart de ses missions traditionnelles, telles santé, emploi, et sécurité. Par exemple, sur les 2,4 milliards de dollars récoltés pour la reconstruction du pays après le séisme de 2010, moins de 10 pourcent ont été directement gérés par l’Etat. Donc, Haïti n’a pas choisi la voie de la pauvreté et de la misère parce qu’elle a cautionné « l’ONG-isation comme modèle de développement[12] ». L’ONG-isation d’Haïti résulte, de préférence, de ce que Alasdair Robert appelle la « logique de discipline[13] », une philosophie selon laquelle l’État doit être restructuré, ses principales fonctions déléguées aux acteurs non-étatiques, pour pouvoir répondre aux exigences de l’économie-monde. 

    Enomy Germain a bien compris cette problématique, c’est pourquoi les institutions, définies comme les règles du jeu dans une société, constituent le point d’attaque de son livre.   Les institutions extractives héritées de la colonisation, alimentées par le néo-colonialisme, ont la vie dure, mais elles ne sont pas immuables. Enomy Germain croit qu’elles peuvent être transformées en des institutions inclusives, capables d’encourager l’activité économique, la prospérité et une productivité accrue.

    Haïti est pauvre, mais elle n’est pas condamnée à le rester. Le pays a tout ce qu’il faut pour réussir. C’est le message du livre qui certainement, comme toute œuvre humaine, comporte des limites. Ce qui est sûr, c’est que l’ouvrage d’Enomy Germain ne vous laissera pas indifférent.   

    Claude Joseph, Ph.D.

    [1] Edmond Paul, Les Causes de Nos Malheurs, Éditions Fardin, 2015, p. 11.

    [2] Cette traduction française est de David Placide, in l’Héritage Colonial en Haïti, Éditions Fardin, 2014, p. 10.

    [3] Fritz Dorvilier, Vámonos : Pour une émigration choisie. https://lenouvelliste.com/article/173939/vamonos-pour-une-emigration-choisie

    [4] Benoît Joachim, Les Racines du Sous-Développement en Haïti, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 2014, p. 27.

    [5] Fritz Dorvilier, La Crise haïtienne du développement :Essai d’anthropologie dynamique, Presse de l’Université Laval, 2012. 

    [6] Edmond Paul, op. cit., p. 19.

    [7] David Placide, l’Héritage Colonial en Haïti, Éditions Fardin, 2014, p. 7.

    [8]Acemoglu et Robinson, La Faillite des Nations, Nouveaux Horizons, 2015, p. 37.

    [9] Fritz Jean, Haïti, la fin d’une histoire économique, p. 28.

    [10] Michel Soukar, Radiographie de la « bourgeoisie haïtienne » suivie de : un nouveau rôle pour les élites haïtiennes au 21e siècle, C3 Éditions, pp. 32-34.

    [11] Robert Fatton Jr., Haiti: Trapped in the outer periphery, Lyne Rienner Publisher, 2014.

    [12] Etzer Emile, Haiti a choisi de devenir un pays pauvre: les vingt raisons qui le prouvent, Les Presses de l’Université Quisqueya, 2017.

    [13] Alasdair Robert, The logic of discipline : Gloabal capitalism and the architecture of government, Oxford University Press, 2011.

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    Une analyse  du livre de l’économiste Enomy Germain « Pourquoi Haïti Peut Réussir » par le Dr. Claude Joseph. « Pourquoi Haïti Peut Réussir » est un acte audacieux. C’est l’œuvre d’un économiste entêté refusant de prendre des raccourcis et de s’adonner aux clichés qui ont longtemps caractérisé pas mal de réflexions à prétention scientifique sur Haïti. Ici, ...